University of Guelphccl

CCL, no. 109-110, Spring-Summer 2003


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Présentation : Listes, secrets, propriétés et peurs / Anne Rusnak

Les articles retenus dans ce numéro de la Canadian Children's Literature sont tous en réponse à un article publié dans cette revue par Perry Nodelman et Mavis Reimer en l'an 2000. L'article traitait des problèmes reliés à l'enseignement de la littérature canadienne pour la jeunesse au niveau universitaire. La question que les auteurs se sont posée est la suivante : cette production littéraire est-elle avant tout de la littérature pour la jeunesse et de la littérature canadienne ? En se concentrant sur des questions de genre et de spécificité nationale, les auteurs ainsi que leurs étudiants ont dressé une liste des caractéristiques de la littérature «traditionnelle» («mainstream») pour la jeunesse au Canada anglais. Puisque leur analyse était fondée sur un corpus limité aux romans — ou aux auteurs — primes, publiés par les maisons d'édition les plus importantes et écrits par des Canadiens anglophones de la race blanche, Nodelman et Reimer ont invité d'autres spécialistes à commenter leur analyse de la littérature canadienne pour la jeunesse. Les quatre articles qui suivent sont en réponse à cet appel.

Grace Ko et Pamela McKenzie créent leur propre typologie des caractéristiques de la fiction canadienne asiatique pour la jeunesse. D'autre part, Adrienne Kertzer critique une telle liste. En se référant à un corpus de romans qui traitent de l'Holocauste, elle soutient qu'une telle liste cacherait les tensions et les complexités des textes spécifiques. Perry Nodelman analyse une caractéristique du style, celle de la double focalisation. En approfondissant son analyse, il trouve que la résolution dans ces romans suppose souvent de la propriété privée et des possessions, principes de base du système capitaliste. Enfin, Rosemary Ross Johnston trouve que la plupart des caractéristiques s'appliquent aussi à la littérature australienne pour la jeunesse. Pourtant, la peur et l'ambivalence se manifestent différemment. Ainsi, en comparant leurs propres corpus à celui de Nodelman et Reimer, ces auteurs multiplient les caractéristiques ou bien ils les contestent. Chose intéressante, tous ont noté la présence de deux contextes historiques dans leurs textes, opposant le passé au présent. Les tentatives de renier l'histoire seraient une piste à explorer.

Quant à la catégorisation des textes comme «mainstream» et «non-mainstream», celle-ci rend les auteurs mal à l'aise. Comment reconnaître et nommer les textes avec «le capital symbolique», pour emprunter le terme de Pierre Bourdieu ? En outre, depuis l'an 2000, le terme «mainstream» ne décrit-il pas plutôt les romans publiés ailleurs, surtout aux États-Unis, qui envahissent le marché canadien ? Ou bien les romans qui suivent les impératifs des problèmes scolaires multiculturels ?

Pour conclure, force est de constater que tous les romans dont il est question dans ce numéro sont écrits en anglais. Il serait intéressant d'examiner à quel point la littérature pour la jeunesse au Canada français partage les caractéristiques des œuvres publiées en anglais. Si la littérature pour la jeunesse est un moyen privilégié de sensibilisation aux valeurs sociales, culturelles et politiques d'un pays, une telle étude de la littérature québécoise pour la jeunesse serait d'autant plus révélatrice, puisque cette littérature est très intégée aux programmes scolaires et puisque les guides pédagogiques du Ministère de l'é;ducation en suivent de très près la production. En outre, le véritable foisonnement de prix littéraires, récompenses institutionnelles, en littérature pour la jeunesse témoigne de sa recherche de légitimation au Québec. Présentement, plus d'un livre sur trois publié au Québec s'adresse aux enfants ou aux adolescents. Or, parlons-nous d'une littérature bien distincte de celle proposée aux jeunes du Canada anglais ? Pourrait-on parler d'une spécificité nationale ? Le dialogue s'impose.


This page last updated 8 August 2003.

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